1. Le palais de Provins

Situé dans la ville haute, c'est-à-dire à l'emplacement du castrum primitif, le palais des comtes de Champagne de Provins subsiste à l'état de vestiges. Il en demeure dans le collège actuel la chapelle du XIIe siècle et la grande salle du XIIIe siècle.

Mentionné pour la première fois dans les actes en 1161, le palais est le siège de la justice comtale jusqu'en 1285, puis celui de la justice royale jusqu'en 1670, date à laquelle il est transformé en collège des Oratoriens. Il occupe la proue de l'éperon du castrum et forme un carré ceinturé par une enceinte. A l'ouest s'étend la collégiale Saint-Quiriace et son cloître.

Lorsqu' Henri Ier le Libéral fait de Provins sa résidence privilégiée, dans les années 1160, il trouve un groupe palatial érigé par ses prédécesseurs dans le courant des XIe-XIIe siècles. Dans l'aile nord du palais, détruite au XIXe siècle, se trouvent les prisons relevant de la haute et moyenne justice ainsi que les greniers (les prisons relevant de la basse justice échevinale sont dans la Grosse Tour).

 

Plan du palais de Provins

1.Grande salle de l'aile orientale (XIe-XIIe siècles). 2.Chapelle primitive.
3. Chapelle ajoutée par Henri le Libéral.
4. Ancien logis. 5. Cuisine.
6. Grande salle de l'aile sud (XIIIe siècle).
7. Cave. 8 et 9. Prisons et greniers.
10.Collégiale Saint-Quiriace.

Jean Mesqui, Châteaux forts et fortifications en France, Flammarion, Paris, 1997, p. 308

L'aile orientale comprend un bâtiment rectangulaire constitué d'une unique grande salle à deux niveaux : il s'agit alors de l'édifice d'apparat qui réunit à la fois les fonctions résidentielles, administratives et judiciaires.A cette aile est s'ajoute la chapelle primitive composée d'un édifice rectangulaire à nef et choeur. Les remaniements du comte Henri vont se concentrer sur cette chapelle qu'il va transformer en chapelle double dans les années 1176-1179. Un document de la fin du XIIIe siècle nous indique que la chapelle basse était dédiée à saint Blaise tandis que la chapelle haute était placée sous le vocable de la Sainte Vierge. En 1268, les prêtres en charge de la chapelle palatiale n'assurent plus leurs offices faute de ressources et sont rappelés à l'ordre par Thibaud V qui fait flageller les fautifs. Plusieurs indices semblent d'ailleurs signaler un certain abandon du palais à partir des années 1270-1280.

Le comte Thibaud IV entreprend lui aussi une série de travaux importants dans son palais de Provins dans le second quart du XIIIe siècle. Il fait ainsi ériger l'aile sud, bâtiment rectangulaire à deux niveaux de 28 mètres sur 12, comprenant une grande salle et des cuisines. La grande salle de l'aile sud a pour objectif de remplacer la grande salle de l'aile orientale en tant que siège du pouvoir et de la justice du comte de Champagne. Thibaud IV conserve dès lors la grande salle de l'aile orientale pour sa résidence, comme en témoignent les travaux d'embellissement de la facade avec de belles fenêtres gothiques.

 

2. Le palais de Troyes

Le palais des comtes de Champagne de Troyes était situé sur l'actuelle place du Préau. Il a été détruit à la Révolution avec la collégiale Saint-Etienne qui le jouxtait. Il demeure de cet ensemble un plan dû à l'Ingénieur des Ponts et Chaussées Bochet de Coluel entre 1753 et 1769, ainsi qu'un dessin perspectif dû à A.-F. Arnaud en 1837.

 

Plan du palais de Troyes

1. Logis comtaux
2. Grande salle
3. Tribune comtale
4.Collégiale Saint-Etienne
5. Grands degrés
6. Chambre

D'après le plan de Bochet
de Coluel conservé aux Archives municipales de Troyes

La grande salle, mesurant 13 mètres sur 30, formait l'élément principal d'un grand rectangle flanqué d'une tour rectangulaire. Derrière la salle, un long couloir permettait l'accès à plusieurs petites pièces. De la grande salle, les comtes accédaient à la tribune depuis laquelle ils assistaient aux offices de la collégiale. Une petite salle donnait sur la tour rectangulaire qui constituait la chambre comtale.

 

Dessin perspectif de la façade du palais de Troyes publié par A.-F. Arnaud, Voyage archéologique et pittoresque dans le département de l'Aube, Troyes, 1837, p. 26


La collégiale Saint-Etienne, adossée perpendiculairement au palais, fut fondée par Henri Ier vers 1157. Si aucun document ne nous renseigne sur l'origine du palais, l'acte de dotation de la collégiale mentionne qu'il existait déjà au milieu du XIIe siècle.Le palais se présentait comme un ensemble compact dépourvu d'enceinte. L'élément principal de l'édifice en était la grande salle à deux étages dont le premier niveau, à usage de cave, correspondait au rez-de-chaussée. Le second niveau d'apparat, percé de fenêtres gothiques, était accessible par un "grand degré" à trois pans. Selon A.-F. Arnaud, un "billot sur lequel on coupait le poing aux criminels" se trouvait dans la cour, devant cet escalier d'honneur. A l'opposé des palais fortifiés de la même époque, les résidences des comtes de Champagne de Troyes et de Provins sont des édifices princiers destinés uniquement à l'ostentation, où l'appareil militaire n'a aucune place. Ainsi, dans un cadre urbain dominé par la bourgeoisie montante, le décor architectural prime sur toute marque du pouvoir féodal. Cette disposition, séparant les fonctions civiles des fonctions militaires, préfigure les palais princiers urbains de la seconde moitié du XIVe siècle.