Le nom de Campania apparaît au VIe siècle pour désigner la plaine de craie qui s'étend depuis l'Aisne au nord jusqu'à la forêt d'Othe au sud. La Champagne est divisée en plusieurs cités ou diocèses que se partagent les héritiers de Clovis. Unies entre 511 et 558 sous l'autorité du roi de Reims dans une vaste Austrasie qui englobait aussi Sens et Langres, les villes de Reims, Châlons et Troyes appartiennent ensuite à des royaumes différents. Reims et Châlons se retrouvent à partir de 561 dans une Austrasie dont la capitale est Metz tandis que Troyes rejoint avec Sens, Langres et Meaux une Burgondie centrée sur Chalon-sur-Saône. De cette période datent les liens qui rapprochent Langres et Troyes de la Bourgogne, Reims et Châlons du royaume de France. Entre 575 et le milieu du VIIIe siècle, le duché de Champagne, formation politique imaginée par la reine Brunehaut pour contrer les ambitions de Chilpéric, couvre un vaste territoire qui s'étend au-delà des limites de la Champagne géographique.

Ci-contre, Evangéliaire offert par Henri le Libéral à l'abbaye Saint-Loup de Troyes (v.1166-1174), lettre Q, Médiathèque de l'agglomération troyenne, Ms 2275 f.4 v°

Formée de plusieurs comtés, la Champagne carolingienne tombe aux mains de la famille de Vermandois au début du Xe siècle avec Herbert II. Maître des comtés de Vermandois et de Soissons ainsi que des abbayes de Saint-Quentin et de Saint-Médard, Herbert II agrandit ce patrimoine familial des comtés de Meaux et de Laon tandis qu'il obtient pour son fils l'archevêché de Reims. A sa mort (943), ses enfants se partagent puis agrandissent les possessions. Liégeard, la fille aînée, obtient Provins. Herbert le Vieux, comte d'Omois et abbé laïque de Saint-Médard de Soissons, devient maître de Vitry et obtient la charge de comte du Palais, origine du titre de comte palatin que porteront plus tard les comtes de Champagne. Robert, comte de Meaux, devient par son mariage comte de Troyes, quant au cadet, Albert, il obtient le comté de Vermandois.

Lorsqu'Herbert le Vieux meurt, vers 980-984, son héritage est partagé entre ses deux neveux : Herbert le Jeune, fils de Robert, reçoit Epernay, Vertus, Châlons et Vitry ; Eudes Ier, fils de Liégeard et du comte de Blois Thibaud le Tricheur, recueille le comté de Reims, celui de Château-Thierry ainsi que l'abbaye de Saint-Médard de Soissons. En 1022, l'union des territoires bléso-champenois est réalisée par Eudes II mais celui-ci doit abandonner la réalité du pouvoir sur Reims à l'archevêque. Ses successeurs seront contraints de faire des concessions identiques aux évêques de Châlons et de Meaux. Dès lors, les cités de Reims et de Châlons deviennent les principales soutiens du roi de France dans cette région.

A la mort du comte Thibaut Ier, ses fils Etienne-Henri, Eudes et Hugues se partagent les possessions paternelles. Hugues, qui reçoit Troyes, Bar-sur-Aube, Vitry et Epernay, est le premier à porter le titre de comte de Champagne. Devenu templier (1125), son neveu, le comte de Blois Thibaut IV, réalise une dernière fois l'unité territoriale des pays du Val de Loire, de Champagne et de Brie. Lorsqu'il disparaît en 1152, son fils aîné, Henri le Libéral, sépare définitivement les territoires ligériens de la Champagne, laissant à ses frères Thibaut V et Etienne Ier les comtés de Blois et de Sancerre devenus économiquement secondaires avec le développement des rendez-vous commerciaux de Troyes, Provins, Lagny et Bar-sur-Aube.

Le comté de Champagne comprend vingt-six châtellenies-prévôtés tenues en fief de l'empereur, du roi de France, du duc de Bourgogne, de l'abbé de Saint-Denis, des archevêques de Reims et de Sens et des évêques de Châlons et de Langres. Il s'agit des châtellenies de Meaux, Provins, Sézanne, Château-Thierry, Troyes, Saint-Florentin, Châtillon, Epernay, Vertus, Vitry, Bray, Montereau, Bar-sur-Aube, La Ferté-sur-Aube, Ervy-le-Châtel, Payns, Rosnay-l'Hôpital, Bussy-le-Château, Oulchy, Chantemerle, Montfélix, Pont-sur-Seine, Méry-sur-Seine, Coulommiers, Villemaur et Mareuil-sur-Aÿ. A la fin du XIIe siècle, le comté de Champagne s'agrandit de la châtellenie de Nogent-sur-Seine et, en septembre 1220, de celle de Sainte-Menehould. Les liens vassaliques à l'intérieur de ces différents territoires nous sont connues grâce au Rôle des fiefs du comté, rédigés entre 1172 et 1222 et premiers témoignages de la centralisation de l'administration comtale.