Du règne de Henri le Libéral à la mort de Thibaud IV, en passant par la Conquête de Constantinople de Geoffroi de Villehardouin et la Vie de saint Louis de Jean de Joinville, la Champagne joue un rôle de premier ordre sur la vie intellectuelle et littéraire des XIIe-XIIIe siècles. Le comte Thibaud II, protecteur du moine Abélard et de Bernard de Clairvaux et témoin privilégié de leur discorde, donne à ses nombreux enfants, et en particulier à son fils aîné Henri, l'enseignement classique du temps contenu dans l'apprentissage des arts libéraux. Sachant le latin, Henri le Libéral conserve sa vie durant cet intérêt pour les lettres. Si sa curiosité naturelle le porte vers les historiens de l'Antiquité et les Pères de l'Eglise, il rencontre en Champagne quelques-uns des plus grands esprits de son époque, Jean de Salisbury, Pierre de Celle et Pierre Comestor notamment.

La comtesse Marie en revanche, plus jeune de dix-huit ans que son époux, tient de sa mère le goût de la poésie lyrique. A la faveur des routes des foires qu'empruntent clercs et poètes, elle tient une cour brillante et réputée qui constitue un milieu favorable à l'épanouissement des valeurs courtoises. L'influence qu'elle exerce sur ce genre littéraire dans la France du Nord, en donnant notamment à Chrétien de Troyes la "matière" de son Chevalier de la Charrette, peut être comparée à celle tenue par sa mère Aliénor d'Aquitaine auprès des troubadours des terres d'oïl. Son petit-fils, le comte-roi Thibaud le Chansonnier bénéficie de cette culture de cour et, à la suite de Gace Brulé, s'inspire de la tradition courtoise pour composer ses nombreux poèmes.

 

Jean de Joinville présentant le Livre des saintes paroles et
des bons faiz nostre saint roy Looÿs
à Louis X le Hutin,
Miniature du XVe siècle, B.N.F., Paris, ms. fr. 13568.