Les armes des comtes de Champagne évoluèrent entre la fin du XIIe siècle et le premier quart du XIIIe siècle, avant de se fixer sous le règne de Thibaud IV. La sigillographie permet de comprendre l'évolution de ces armoiries.

Si les comtes Hugues et Thibaud II ont un sceau, il faut attendre le règne d'Henri Ier le Libéral pour voir apparaître les premiers éléments héraldiques. En effet, sur un sceau appendu à un acte de 1168, le comte est représenté à cheval, brandissant son épée de la main gauche, portant un heaume conique à nasal et un écu de la main droite. Sur cet écu, vu de profil, figurent des rais d'escarboucle. Les mêmes éléments apparaissent sur le sceau de son fils Henri II dans les années 1180.

Une première évolution apparaît sur le sceau de Thibaud III appendu à un acte de 1198. Le comte, à cheval, porte un bouclier avec deux cotices, tandis que le contre-sceau représente un écu à la bande coticée. Sur le contre-sceau de la régente Blanche de Navarre, dans les années 1210, les cotices sont remplacées par une bande. La légende du contre-sceau porte pour la première fois le cri de guerre des comtes de Champagne, "Passe avant le meilleur !".

Les armes de Champagne à la fin du XIIe siècle :

" D'azur, à une bande d'argent, cotoyée de deux cotices d'or".





En 1233-1234, sur son second sceau, Thibaud IV est représenté à cheval. Il porte un heaume cylindrique à timbre plat ainsi qu'un écu de la main droite, le destrier étant recouvert d'une housse chargée de deux doubles cotices. La légende du contre-sceau porte la devise "Passe avant là Thibaud !". Lorsqu'il devient roi de Navarre, Thibaud IV se fait faire une troisième matrice qui sera utilisée jusqu'en 1253. Désormais, l'écu et la housse du cheval portent les chaînes de Navarre. Les armes de Champagne, représentant une bande cotoyée de deux cotices, sont reportées sur le contre-sceau.Dans les années 1260, Thibaud V porte sur son sceau l'écu mi-parti de Navarre et de Champagne. Les armes du comté représentent une bande quadrillée, accompagnée de cotices chargées de rinceaux.


Un contre-sceau daté de 1257 reproduit un écu tenu par deux lions et sur lequel une bande ornée de deux hachures en fretté est cotoyée de deux cotices diaprées. L'apparition des potences et des contre-potences pose problème aux historiens car il est très difficile de les distinguer sur les sceaux des comtes. Pour certains comme Louis Courajod, elles apparaissent dès la fin du XIIe siècle sur un sceau de Henri II (Archives nationales, coll. de sceaux, D 568). Pour d'autres, les potences semblent remplacer les cotices sur un sceau de Jeanne de Navarre de 1280. Pour Henri d'Arbois de Jubainville, c'est sur le sceau de Blanche d'Artois de 1275 qu'on les voit pour la première fois. Ce dernier date en outre de 1275-1300 un écu conservé au musée du Louvre, parti de Navarre et de Champagne représentant les armoiries de la Maison de Blois avec treize potences. Cependant, depuis l'époque où les armoiries des familles et des seigneuries furent fixées par les hérauts d'armes, c'est-à-dire le XIVe siècle, les couleurs et les pièces qui composent l'écu de Champagne n'ont guère varié.

Les armes de Champagne au XIIIe siècle :

" D'azur, à la bande d'argent accompagnée de deux cotices d'or, potencées et contre-potencées".


Le champ d'azur y est partout divisé diagonalement par une bande d'argent accompagnée de deux cotices potencées et contre-potencées d'or, sans que le nombre des potences soit uniformément déterminé. Les héraldistes de l'Ancien Régime ont cherché par la suite à fixer le nombre des potences à treize, symbole des treize comtés relevant du grand comté de Champagne. On a parfois aussi tenté d'expliquer que la figure de la potence rappelait la lettre "T", initiale de la ville de Troyes. Aucune de ces théories ne peut réellement se justifier et le nombre de potences a régulièrement varié en fonction de l'artiste qui représentait les armoiries.

Bourse à reliques aux armes de Champagne qui servit à abriter
certaines reliques offertes par les comtes à l'Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes
Trésor de la cathédrale de Troyes, XIIIe siècle.